Introduction : le goût de l’aventure nordique
Quand on pense à la Finlande et plus largement à la Scandinavie, les images affluent : grandes pistes de gravel, forêts profondes, lacs à perte de vue, lumière douce des jours d’automne. Des décors qui semblent avoir été dessinés pour le gravel. Alors, quand l’occasion s’est présentée de participer à Falling Leaves Lahti, étape du Gravel Earth Series, je n’ai pas hésité une seconde.
D’autant que cette aventure avait une saveur particulière : je la partageais avec Romain Bardet, un ami de longue date. Nous roulions déjà ensemble bien avant qu’il devienne professionnel sur route, il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, après la fin de sa carrière sur route, nous nous retrouvons « comme avant », autour de notre passion commune pour le gravel. Un plaisir simple et immense : voyager ensemble, prendre le départ côte à côte, vivre ces week-ends de course comme des copains.
Avant la course : immersion en terre finlandaise
L’organisation de Falling Leaves Lahti se distingue par sa simplicité et son efficacité. Tout se déroule depuis le Pajulahti Olympic Training Center, un lieu pensé pour les sportifs. Hébergement, restauration, sauna, stand de nettoyage pour les vélos : tout est sur place. Cela crée une atmosphère conviviale et détendue, différente de celle des UCI Gravel World Series. Ici, pas de protocole lourd ni de tension palpable. On croise les coureurs au détour d’un repas, on échange naturellement avec les autres participants.

Mon état d’esprit avant le départ ? Profiter à fond de cette expérience unique. Mais aussi tester ma condition. La fin de saison approchait avec deux belles échéances en ligne de mire — le championnat de France et le championnat du monde. Je voulais voir où j’en étais physiquement, accrocher le groupe de tête aussi longtemps que possible, sans autre pression que celle de me mesurer à un plateau de solides coureurs.
Le parcours : entre vitesse et contemplation
Le tracé de Falling Leaves Lahti, long de 180 km pour 1500 m de dénivelé positif, a la particularité d’être en ligne, un format très agréable. Il sillonne la Salpausselkä Region, alternant grandes pistes roulantes et petites côtes courtes mais explosives. La surface est globalement très roulante, rapide, avec des pistes larges et « smooth » qui invitent à appuyer fort.

Le matin du départ, un épais brouillard enveloppait la région. Peu à peu, il a laissé place à un ciel dégagé et à une journée ensoleillée, avec près de 20 °C. Des conditions idéales pour le gravel, sublimées par les couleurs automnales qui commençaient à teinter les forêts.
Difficile de profiter pleinement du décor quand le rythme est élevé, mais certains passages, entre lacs et forêts, laissaient entrevoir la magie brute de la Finlande.
La course : tenir la roue des meilleurs
Dès les premiers kilomètres, le ton est donné : c’est une course rapide, très rapide, presque une classique sur route version gravel. Le peloton est dense et homogène, et je sens tout de suite que la journée sera intense.
Le plateau de coureurs est impressionnant : Romain Bardet, Greg Van Avermaet, Piotr Havik, Tobias Kongstad, Lawrence Naessen, Jaakko Hänninen… Les meilleurs spécialistes du moment sont là, et ça se ressent. Le rythme est élevé, le vainqueur terminera avec une moyenne de 37 km/h.
Je parviens à accrocher le groupe de tête jusqu’au 110e kilomètre. Nous ne sommes plus qu’une douzaine. Chaque relance, chaque côte, chaque placement compte. Les éliminations se font par l’arrière, et il faut constamment rester vigilant. Finalement, je finis par céder, décroché après plusieurs efforts répétés.

Je me retrouve seul pendant une quinzaine de kilomètres. C’est un moment un peu difficile, mais je choisis de rester concentré, de tenter de maintenir mon propre rythme. Finalement, un petit groupe de quatre revient sur moi. Ensemble, nous roulons fort et régulier jusqu’à l’arrivée. Je franchis la ligne 14e, à dix minutes des meilleurs. Un résultat qui me satisfait, mais surtout une journée marquée par l’intensité et le plaisir.
Dimension technique : le setup et la stratégie
Comme toujours, j’avais fait confiance à mon Scott Addict Gravel RC, monté en Sram Red XPLR 13 vitesses. Pour ce parcours rapide, j’avais choisi un plateau de 46 dents et des pneus Schwalbe G-One RS Pro en 45 mm, gonflés à 2,1 bars. Un combo qui s’est révélé parfait pour ces longues pistes rapides.
Côté ravitaillement, je suis parti avec deux bidons d’un litre et un gilet d’hydratation d’un litre supplémentaire. J’avais planifié une stratégie de 90 g de glucides par heure, principalement via les gels et produits de nutrition de la box Pédaleur. Une approche qui m’a permis de garder de l’énergie constante tout au long de l’épreuve.
Tactiquement, l’expérience m’a beaucoup aidé. Le départ ressemblait à une course sur route, avec un peloton qui s’étire, des cassures à surveiller et une élimination progressive par l’arrière. Rester placé était essentiel, surtout quand la fatigue commençait à s’installer.
Une expérience humaine et culturelle
Mais Falling Leaves Lahti, ce n’est pas qu’une course. C’est aussi une immersion dans la culture finlandaise. Après l’effort, tout le monde se retrouve au sauna, pro et amateurs mélangés, une bière à la main. Puis direction le lac, pour se rafraîchir et détendre les muscles. Pas de barrières, pas de statut, juste une communauté unie par la passion du gravel.

C’est ce contraste qui fait la beauté de l’événement : une journée passée à se battre sur le vélo à des vitesses folles, suivie d’une soirée à échanger simplement, dans une ambiance de respect mutuel et de convivialité.
Leçons et inspiration
De cette course, je retiens plusieurs choses. D’abord, la confirmation que l’entraînement de cet été, combiné au suivi par Ibex Outdoor, porte ses fruits. Enchaîner les épreuves me permet aujourd’hui d’atteindre une très bonne condition, et surtout de retrouver le plaisir de me dépasser.
Ensuite, la certitude que le gravel est bien plus qu’un sport : c’est une philosophie. Un mélange de performance, de découverte et de partage. Falling Leaves Lahti en est l’incarnation parfaite.
Enfin, le message que j’aimerais adresser à tous ceux qui rêvent de participer à une course comme celle-ci : osez. Certes, c’est une expérience un peu exclusive, avec des frais qui ne sont pas à la portée de tous. Mais si vous en avez l’opportunité, c’est un souvenir qui vous marquera à vie.
Conclusion : l’esprit du gravel, au nord de l’Europe
Falling Leaves Lahti restera pour moi une course unique. Une journée intense sur le vélo, une plongée dans la culture finlandaise, un moment de partage avec un ami de toujours. Un condensé de ce que j’aime dans le gravel.

Si je devais résumer cette aventure en une phrase :
« Un moment unique, intense, une immersion dans la culture finlandaise — respect mutuel, respect de la nature — et un condensé de tout ce que j’aime dans l’esprit gravel. »
Toutes les photos : Christer Adahl – @christeradahl
Benjamin est le fondateur de Pédaleur. À travers une série d’articles intitulée « Gravel Affair », il partage ses expériences, ses apprentissages techniques et les temps forts de sa saison de gravel.
Les autres épisodes : Gravel Affair #1 - La Santa Vall Gravel Affair #2 - Traka360 ravel Affair #4 - Championnats du monde de gravel UCI 2025
