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Traka 360 : comment j’ai préparé cette course – retour d’expérience

Traka 360 : comment j’ai préparé cette course – retour d’expérience Posted on 6 mai 2026

Disclaimer : ce qui suit est un retour purement personnel. Pas une vérité absolue, pas un guide universel. Juste mes choix, mon ressenti, ce qui a fonctionné et ce que j’aurais pu faire mieux. Le matériel évoqué, c’est mon choix 2026. Ça évolue vite, ce qui est vrai cette année ne le sera pas forcément les prochaines.


Un peu de contexte

Ce n’est pas mon premier gros défi. Plus jeune, j’ai couru près de dix ans sur route au niveau élite amateur en France. J’ai eu l’occasion de rouler en continental sur le circuit UCI Asia Tour. Tous ces kilomètres, ces courses, ces situations m’ont construit. Aujourd’hui encore, je m’appuie énormément sur ces acquis techniques et physiques.

Tombé dans le gravel il y a quatre ans, j’ai abordé Traka avec une progressivité que j’assume : le 100 en 2023, le 200 en 2024, et comme en 2025, cette année encore le 360. Une montée en puissance logique avant d’attaquer le plus gros événement gravel d’Europe.

Pour ceux qui ne connaissent pas : Traka 360, c’est Gérone, c’est 360 325 kilomètres et 4000 mètres de dénivelé positif, c’est LE rendez-vous gravel du Vieux Continent. J’ai pris le départ dans la catégorie « pro », à 38 ans, avec un emploi du temps bien rempli, mais avec l’envie intacte de rouler vite, de me challenger, de pédaler aux côtés des plus costauds le plus longtemps possible. J’ai franchi la ligne à la 68ème place en un peu plus de 11h30.

Voici ce que j’en retiens.


L’entraînement pour Traka 360 : faire mieux avec moins

L’hiver a été chargé professionnellement. Avec Léo, mon entraîneur chez Ibex outdoor, on a fait le choix d’un hiver léger : rarement plus de 7 à 8h de sport par semaine entre décembre et février, hormis deux semaines « choc » entre Noël et le jour de l’an et une seconde en février. Peu de volume, mais des séances de qualité : toutes les filières travaillées intelligemment, avec un focus particulier sur l’endurance force.

À partir de mars, j’ai commencé à allonger les sorties et à intégrer les premières vraies séances d’intensité : tempo, seuil, PMA. Comme la deuxième partie de saison s’annonce chargée, j’ai voulu prendre le temps. Je suis arrivé au départ de Traka avec deux courses dans les jambes : un criterium élite sur route de 2h début avril, et la course UCI de Monaco (120 km) deux semaines avant le grand jour.

En avril, j’ai aussi suivi un protocole de Heat Training. Je suis convaincu que ça m’a beaucoup apporté, aussi bien sur les adaptations à la chaleur que sur le ressenti à l’effort. Mais ça demande une implication mentale élevée, et on a volontairement limité les intensités autour à l’entraînement pour ne pas créer trop de fatigue.

Volume d’entraînement réalisé du 1er décembre 2025 au 30 avril 2026

Mon ressenti : super forme le jour J, malgré un volume globalement faible pour courir avec les pros. Les longues sorties ont été peu nombreuses : une dizaine de plus de 4h en tout, dont la dernière à 240 km et 8h30 de selle, trois semaines avant la course.

Ce que j’améliorerais ? Peut-être une épreuve longue supplémentaire dans la préparation, un format 5h/6h en gravel pour mieux ancrer les sensations sur ce type d’effort.


Le matériel pour une épreuve de gravel : confiance avant tout

Traka est une épreuve technique. Oui, la majorité des chemins sont roulants, avec de belles pistes. Mais le parcours présente des descentes vraiment engagées, qui demandent une excellente maîtrise et une confiance totale en son matériel. Pas le moment d’expérimenter.

Un vélo de gravel en mode course

Comme l’an dernier, je roulais sur le Scott Addict RC Gravel, équipé en Sram AXS XPLR. Cassette 10-46, mono-plateau 46 dents, j’étais sur un 42 en 2024, et j’ai voulu passer à un développement supérieur. Résultat : aucun problème en montée sur les sections abruptes, et un vrai gain de rendement sur les parties plates et rapides. Zéro saut de chaîne. Un choix que je ne regrette pas.

Pour maintenir la transmission fonctionnelle sur la distance malgré la poussière, les traversées de rivières et autres obstacles naturels j’avais scotché une petite burette de cire sur le cadre. J’ai relubrifié à deux reprises pendant la course. Simple, efficace.

Le sujet chaud : les pneus.

Comme l’an passé, j’ai opté pour des slicks : les Schwalbe RS Pro. J’ai longtemps hésité à mettre un pneu plus cranté sur l’avant (type RX Pro), mais après quelques reconnaissances les jours précédents, le terrain m’a semblé moins cassant que l’année précédente. Pression à 1,9 bar. Mon vélo accepte au maximum du 45 mm, si j’avais eu la possibilité, j’aurais probablement chaussé un 50 à l’avant pour plus d’aisance en descente.

Kit de réparation embarqué :

Voici la liste du matériel de réparation rapide que j’avais avec moi : une chambre à air TPU, un mini-outil polyvalent, trois cartouches de CO2 avec percuteur, un kit de mèches, un démonte-pneu. Léger, pensé pour aller vite. Les trois zones d’assistance (km 115, km 223, km 249) permettaient de refaire le plein de cartouches ou de récupérer une chambre à air supplémentaire en cas de pépin, un filet de sécurité précieux. Bon point sur une course comme celle-ci : aucun incident sur le parcours, je n’ai pas eu besoin de me servir des mes outils !


La nutrition sur une course longue distance : mon mauvais point

Réaliser un effort maximal de plus de 10h demande un vrai plan de nutrition. J’ai été trop léger sur ce point, et j’en ai payé le prix.

J’ai eu du mal à m’hydrater correctement à partir de la mi-course. Deux moments vraiment délicats : le premier juste après le premier ravitaillement, quand le peloton de tête a explosé. Un moment de tension physique et mentale où on brûle beaucoup sans s’en rendre compte. Le second, plus inattendu, au 300ème kilomètre, alors que je sentais déjà la ligne d’arrivée. Un passage à vide qui m’a coûté du temps et de l’énergie.

C’est peut-être le point sur lequel je progresserai le plus l’année prochaine. Si vous envisagez ce genre d’effort à haute intensité, ne négligez pas cet aspect. C’est souvent là que tout bascule.


Le mental : découper pour mieux avancer

Deux semaines après Monaco, j’étais dans de bonnes dispositions mentales. Les voyants étaient au vert.

Ma stratégie : découper mentalement la course en quatre blocs.

  • Départ → Feed Zone 1 : 115 km
  • Feed Zone 1 → Feed Zone 2 : 108 km
  • Feed Zone 2 → Feed Zone 3 : 26 km
  • Feed Zone 3 → Arrivée : 76 km

Avoir déjà roulé sur ce terrain m’a permis de visualiser chaque portion, d’anticiper les moments difficiles et de ne pas perdre le fil quand ça fait mal. Une carte mentale du parcours, c’est presque aussi important que les jambes.

Le seul point que j’aurais à améliorer : la dernière section, que je n’avais pas reconnue. Elle était plus cassante que l’an passé. L’an dernier j’avais terminé fort, mais cette année j’ai eu un vrai coup de moins bien sur les 30 derniers kilomètres et j’ai fini dans le dur. La reconnaissance du terrain, c’est précieux et ça se prépare, ça aussi.


Ce que je retiens

Traka 360 reste une course à part. Pas seulement pour la difficulté ou le prestige, mais pour ce qu’elle raconte sur toi. Sur ta capacité à gérer l’incertitude, la fatigue, les moments où tout semble aller de travers.

Cette édition m’a confirmé qu’on peut faire beaucoup avec un volume d’entraînement réduit si les séances sont qualitatives et la récupération au rendez-vous. Elle m’a aussi rappelé que la nutrition et la reconnaissance sont des piliers qu’on ne peut pas se permettre de sous-estimer.

Si vous envisagez de vous lancer sur la Traka 360, que ce soit pour franchir la ligne d’arrivée ou en chercher la performance, j’espère que ce retour vous sera utile. Pas comme une vérité, mais comme un témoignage sincère de ce qui se joue quand on décide de pousser un peu plus loin ses propres limites.

À bientôt,

Benjamin, fondateur de Pédaleur

Toutes les photos de l’article : Simon Tissier – Ibex outdoor